D’éminents scientifiques estiment que le groupe Total avait pleinement conscience de l’impact néfaste de son activité sur le climat depuis le début des années 1970.

 

À l’origine de cette recherche dont les conclusions ont été publiées dans Global Environmental Change, un directeur de recherche au CNRS, un sociologue issu de Sciences Po et un chercheur en histoire. Ils accusent Total d’avoir caché des informations capitales qu’ils détenaient au sujet des émissions de gaz carboniques et estiment que le groupe pétrolier a trompé l’État et la population en minimisant leur impact sur l’environnement.

 

Les grands groupes pétroliers connaissaient les conséquences de leurs activités

 

Christophe Bonneuil (CNRS), Benjamin Franta (université de Stanford) et Pierre-Louis Choquet (Sciences Po) ont épluché toutes les publications internes du groupe Total depuis cinquante ans. Ils ont également consulté les campagnes internationales menées par l’Association environnementale de l’industrie pétrolière, la plupart du temps soufflées par des géants de la filière, comme Exxon dans les années 1980.

 

Il en ressort un dénigrement affiché contre la science climatique et un encouragement politique à ne pas aller contre les énergies fossiles. Les actions américaines étaient bien connues des spécialistes, mais ils ont découvert que les grands groupes français, dont Total, ont participé à ce phénomène de mensonge public entre 1987 et 1994. Des notes internes se félicitant de ces actions de lobbying ont été retrouvées, tandis qu’Elf et Total ont tout fait pour paraître irréprochables quant au respect de l’environnement.

 

Du reniement au greenwashing, Total adapte son discours et sa stratégie

 

Le positionnement et l’approche du géant pétrolier, très proche de l’État français, a changé plusieurs fois de tonalité ces trente dernières années. À l’aube des années 2000, après le Sommet de la Terre à Rio en 1992 et le protocole de Tokyo de 1997, Total reconnaît l’utilité des sciences climatiques sans changer pour autant son comportement. Le groupe communique sur un caractère non-urgent et sur l’absence de preuves contre les énergies fossiles.

 

Plus tard, entre 2000 et 2010, Total se positionne comme spectateur du changement climatique et se place du côté des solutions, alors que les scientifiques estiment qu’ils participent plus au problème qu’à sa résolution. Christophe Bonneuil appelle cette époque « l’âge du greenwashing » (écoblanchiment en français) qui consiste à donner une image écologique inadaptée ou trompeuse à une entreprise ou une organisation.

Les ONG 350.org et Notre Affaire à Tous ont demandé que cette enquête soit étudiée en détail par le Parlement et que les projets actuels de TotalEnergies soient regardés à la loupe.

 

De son côté, TotalEnergies se défend d’avoir privilégié une transition vers les énergies renouvelables dès 2015 et estime qu’il était impossible d’envisager le risque climatique pendant les années précédentes.

 

Les ONG 350.org et Notre Affaire à Tous ont demandé que cette enquête soit étudiée en détail par le Parlement et que les projets actuels de TotalEnergies soient regardés à la loupe, notamment dans les zones protégées.

 

Aux États-Unis, un triste exemple avec ExxonMobil montre qu’il est possible de tromper les citoyens et les actionnaires en donnant une image irréprochable et en cachant une réalité bien moins flatteuse. Épinglé en 2017, le groupe pétrolier américain connaissait depuis les années 1980 l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique.