Le mal de notre siècle par excellence, comme chacun le sait, c’est le réchauffement climatique. Il est également appelé « réchauffement climatique anthropique », et ce à juste titre lorsque l’on sait que c’est bel et bien l’activité humaine qui en est responsable. Quelle est la relation entre le climat et l’eau ? Le réchauffement des eaux a des conséquences multiples et significatives, qu’il s’agisse de l’eau des océans ou de l’eau douce. Voyons ce qu’il adviendrait si rien n’est fait pour endiguer le problème.

 

Réchauffement des eaux : des conséquences sur le niveau de la mer


On sait aujourd’hui que la fonte des glaciers est une cause majeure de la montée des océans. Le phénomène est facile à comprendre lorsque l’on connaît le principe de la poussée d’Archimède. La glace émergée sous forme solide, en se liquéfiant, vient augmenter le volume de l’eau. Le CNRS nous informe que le niveau des mers pourrait monter jusqu’à 42 cm d’ici 2100 rien qu’avec la fonte des glaces. Celle-ci a donc effectivement une part importante de responsabilité dans l’élévation du niveau des océans.

Pour autant, ce n’est pas le seul facteur responsable de ce problème majeur du XXIe siècle. En effet, il semblerait que la dilatation des molécules contribue à aggraver la situation. Lorsqu’il fait chaud, les molécules présentes dans l’air s’agitent et s’éloignent les unes des autres. C’est également le cas de celles présentes dans l’eau. Ainsi, pour un même nombre de molécules, le volume de l’eau est plus important avec l’augmentation des températures. On appelle ce phénomène la dilatation thermique. Ainsi, le réchauffement des eaux est directement responsable de la montée des mers.

Dans une récente étude publiée dans la revue Environmental Research Letters, avec la montée des océans, un large périmètre de zones côtières habitées pourrait se retrouver sous le niveau de la mer. 385 millions de personnes sont actuellement concernées par le problème : elles vivent dans des zones exposées à des inondations à marée haute. Si les températures augmentent de 1,5 °C, ce chiffre devrait grimper à 510 millions, soit 15 % de la population mondiale. En outre, les littoraux seront exposés à l’érosion et les écosystèmes terrestres menacés par la modification de la composition chimique des terres… Ce qui entraînerait une insécurité alimentaire.

 

Fonte des glaces

Le niveau des mers pourrait monter jusqu’à 42 cm d’ici 2100 rien qu’avec la fonte des glaces.

 

Réchauffement climatique : quelles conséquences sur le cycle de l’eau ?


Notre planète bleue est composée à 70 % d’eau. Cette eau connaît des cycles perpétuels, qui commencent par l’évaporation de l’eau de mer. Une fois arrivée dans l’atmosphère, l’eau se condense avant de former des précipitations qui redescendent soit directement dans les océans, soit vers la terre avant d’être rejetées vers la mer via les nappes phréatiques et rivières. L’eau de pluie qui retombe sur la terre est pourtant considérée comme douce, car son taux de salinité est de 0,5 % seulement.

Ainsi, dans les zones d’évaporation, le cycle de l’eau augmente la salinité tandis que dans les zones à fortes précipitations, au contraire, l’eau devient plus douce. Ce phénomène explique les divergences de taux de sel entre les différentes mers et les océans du globe. Ces disparités ont été accentuées avec le réchauffement climatique qui accélère le cycle de l’eau, augmentant ainsi les précipitations dans les zones humides et la sécheresse dans les zones sèches. L’écart se creuse.

L’accroissement de la vitesse du cycle de l’eau a pu être mis en évidence à travers une étude de la salinité des océans. Nicolas Gruber, chercheur à l’École polytechnique fédérale de Zurich en Suisse, précise dans son communiqué de l’Académie des sciences chinoise que la salinité a augmenté de 1 % entre 1991 et 2017, contre 0,5 % entre 1960 et 1990. « [Cette variation non naturelle] est clairement due à l’influence humaine », affirme-t-il.



Augmentation des précipitations avec le changement climatique


À l’accélération du cycle de l’eau vient s’ajouter le réchauffement de l’atmosphère. Les deux facteurs combinés causent une augmentation des précipitations encore plus importante.

Plus une atmosphère est chaude, plus elle permet la condensation : elle peut contenir plus d’eau évaporée. Ainsi, dans les zones pluvieuses, le réchauffement climatique risque d’aggraver les précipitations, dont l’intensité serait exacerbée. De nombreuses études – dont on peut citer celle publiée dans Nature Communication en juillet 2021 – démontrent que les épisodes plus intenses de précipitations sont bien liés à l’activité anthropique.

Les conséquences sur l’humain et l’environnement sont loin d’être négligeables. À l’évidence, les fortes pluies peuvent provoquer des inondations, avec tous les dommages directs et collatéraux qui les accompagnent : dégâts matériels, décès, pertes de biens et de nourriture… De plus, les précipitations importantes accélèrent l’érosion et peuvent véhiculer des polluants. Pour finir, la gestion de l’eau pourrait devenir plus difficile si les canaux d’évacuation des eaux usées venaient à être saturés.

L’Agence européenne pour l’environnement indique qu’en Europe, les hautes latitudes seraient les zones concernées par la hausse des précipitations, tandis que les zones méditerranéennes seraient à l’inverse touchées par des sécheresses de plus en plus fréquentes.

 

Inondations en Allemagne en juillet 2021

De fortes pluies peuvent provoquer des inondations, avec tous les dommages directs et collatéraux qui les accompagnent : dégâts matériels, décès, pertes de biens et de nourriture.


Le réchauffement des eaux : conséquences sur la disponibilité de l’eau


Le réchauffement climatique aurait par ailleurs des conséquences sur les ressources en eau. Comme évoqué plus haut, l’accélération du cycle de l’eau due au réchauffement des eaux de mer, notamment, provoque la sécheresse des zones subtropicales et méditerranéennes et aggrave celle des zones arides… tandis que les précipitations augmentent dans les hautes latitudes.

En France, les zones les plus au sud ont connu des records de sécheresse en été 2020. On considère que la zone méditerranéenne du pays passera de 15 % à une hauteur de 50 % d’ici 2050 (1). La sécheresse météorologique risque alors d’apparaître de plus en plus souvent, potentiellement à toute période de l’année.

Cela représente une menace quant à la sûreté de l’eau potable et pour l’agriculture. L’assèchement des terrains agricoles devrait survenir de plus en plus fréquemment dans le futur. Avec la pénurie de fourrage pour le bétail, l’insécurité alimentaire sera encore plus importante. La disparition des sols humides mettra en péril la biodiversité et nous privera de puits à carbone pour absorber l’excédent de CO2. Les zones montagneuses et méditerranéennes seront les plus touchées, tandis que les régions du nord devraient être épargnées (elles subiront en revanche l’augmentation des précipitations pronostiquée).

 

Fonte des glaces : perte de sources d’eau douce


La banquise arctique n’est pas la seule concernée par la fonte des glaces. Les glaciers de haute montagne ne sont pas épargnés. Avec le changement climatique, les neiges éternelles ne peuvent aujourd’hui plus vraiment conserver leur appellation… Les glaciers de la région himalayenne auraient perdu 47 % de leur volume depuis l’an 2000 (2).

Or, les glaciers, dont une partie fond chaque année au printemps, sont une source d’eau douce importante. Celle-ci abreuve les écosystèmes et les habitants des régions alentour chaque année et des millions de personnes dépendent de ces glaciers(3). C’est notamment le cas dans les Andes ou dans certaines régions d’Asie.

Cette eau douce est habituellement restituée sous forme de précipitations ou en alimentant directement les rivières. De plus, la fonction de « château d’eau » des glaciers leur permet de rééquilibrer le volume d’eau disponible en cas de variations météorologiques (années pluvieuses, années sèches).

Conséquences du réchauffement des océans sur la faune


Selon une étude menée par l’Université de la Colombie-Britannique au Canada, les poissons devraient rétrécir de 20 à 30 % à cause du réchauffement des eaux. En effet, l’absorption de CO2 par les océans diminuera les quantités d’oxygène.

Ainsi, les poissons seront forcés de s’adapter à ce déficit. Étant des animaux à sang-froid, ils ne sont pas capables de réguler seuls la température de leur corps. « Lorsque leurs eaux se chauffent, leur métabolisme accélère et ils ont besoin d’oxygène pour maintenir leurs fonctions corporelles », nous éclaire le professeur William Cheung, coauteur de l’étude. Or, les branchies ne peuvent pas en fournir suffisamment pour un corps trop grand si l’eau devient trop chaude. Alors, les poissons cessent de grandir arrivés à un certain âge ! Il s’agit d’un phénomène d’adaptation.

Le réchauffement des eaux représente une menace quant à la sûreté de l’eau potable et pour l’agriculture.



D’aucuns clameraient alors que tout va bien puisque les animaux marins s’adaptent au changement climatique. Mais ce serait oublier les conséquences que l’on peut facilement imaginer sur les réserves halieutiques (la pêche). Les poissons plus petits représentent une ressource alimentaire moins importante… Or, les stocks de poisson commencent déjà à se vider puisque la plupart des espèces sont pêchées plus vite qu’elles ne peuvent se reproduire.

On peut également supposer que les conséquences sur les écosystèmes ne seraient pas anodines non plus… C’est d’autant plus vrai que le réchauffement des eaux entraîne un phénomène d’acidification des océans. À noter que cette toute dernière remarque est aussi valable pour les lacs : les modifications chimiques des eaux douces menacent les écosystèmes qui les peuplent.

 

Sources :

(1) https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/secheresse-et-rechauffement-climatique-en-france

(2) https://www.nationalgeographic.fr/environnement/la-fonte-des-glaciers-himalayens-menace-des-millions-de-personnes

(3) https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/rechauffement-climatique-fonte-glaces-epuiserait-ressources-eau-potable-59428/